
L'exsurgence du Guiers Vif en crue, mai 2000, massif de la Chartreuse, Savoie - France
Photo : Bernard Loiseleur
|
Le rêve ultime du spéléo, plus intense que l'exploration d'un nouveau -1000,
n'est-il pas de transformer une traversée hydrogéologique supposée en une traversée
spéléologique, humainement possible ? Traverser la montagne, suivre le trajet de l'eau
dans la roche, de la source jusqu'aux retrouvailles avec la lumière ; percer les mystères
de son trajet ; surmonter les obstacles, déjouer les pièges : bien souvent, il a fallu
des années de recherches, d'efforts, de déceptions, de songes et de cauchemars…
Quand la réussite vient couronner ce tout indicible, c'est le bonheur intense,
à jamais gravé dans la mémoire du spéléologue, un peu comme une traversée initiatique
dans les mystères du massif calcaire.
Il y a 114 ans déjà, Martel n'a-t-il pas commencé ses exploits spéléologiques par
la traversée désormais mythique de Bramabiau, en partant de la perte - nom prédestiné -
du Bonheur ? Depuis chaque spéléo cherche sa traversée comme d'autres leur Graal…
l'Aulp
du Seuil (notre dossier), dans le massif de la Chartreuse, offre tous les ingrédients de
cette longue et passionnante recherche, sans cesse ravivée par une succession d'équipes
venues dans le but suprême d'être les premiers à ressortir aux sources du Guiers-Vif
(prononcer : " guié vif ") après un long voyage intérieur ! Une traversée est parfois
un véritable défi organisationnel, en plus de l'aspect sportif. C'est le cas
de l'intégrale de la Coume Ournède (page 10) où le cheminement ne consiste pas
à suivre docilement la loi de la pesanteur… mais comporte aussi des obstacles
remontants qu'il faut au préalable équiper… sans compter le franchissement
d'un siphon, avec sa cohorte de matériel de plongée. Même une traversée en
" classique " (page 22) dégage une saveur particulière. Ce fameux moment où l'on
rappelle la corde du premier puits descendu… quand celle-ci, tombant à nos pieds,
marque d'un claquement sec la fin de tout retour et la naissance de cet ultime
parfum d'engagement, de tension tournée vers l'unique sortie, au lion, très loin,
à la base de la montagne.
Oui, cette joie authentique, sans cesse renouvelée,
inspire fortement ce numéro 40…
|