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[16 Mai 2017 | Commentaires fermés sur Spéléo magazine 97 98 | ]

Le monde souterrain présente une infinie diversité de décors, dans un espace contenu, voire restreint. Chaque cavité offre un « visage et un caractère » uniques pour qui sait observer… et apprécier les lieux dans lesquels il évolue, au-delà de la contrainte environnementale. Cet espace clos propose une épreuve aux spéléologues (à l’Homme) : une utopie souterraine imaginaire mais rigoureuse d’une société qui constitue, par rapport à celui qui l’imagine, un idéal ou un contre idéal. Un projet dont la réalisation semble impossible, une conception imaginaire d’une forme de protection voulue et absolue des paysages, plus ou moins fragiles et délicats qu’offrent les cavités. Une épreuve qui tourne parfois (souvent?) à l’égocentrisme personnel : je découvre la grotte. Elle donne toute sa beauté minérale, cristalline, morphologique… Elle devient mienne. Exclusivement mienne. Je la possède et ne veux pas, ne peux pas la partager car seul (ou en petit comité) je suis l’unique personne capable de la respecter, de la choyer, de la protéger des autres en lesquels je n’ai aucune confiance ! Il ne reste plus pour les autres, exclus du cercle que le fantasme de l’imaginaire géologique. Cette imagination qui gonfle au fur et à mesure des années qui parfois pousse à l’irrémédiable : la destruction du trésor gardé jalousement par certains.

La communication, le partage, l’éducation sont des systèmes de conception, parfois idéalistes, des rapports entre l’humain et les sociétés. Ils s’opposent à la réalité du moment mais travaillent à sa modification.

Au travers des cavités présentées dans ce numéro, est proposé un ensemble d’expériences, de tentatives, de réussites, de méthodes dont l’objet est d’assurer la conservation la plus fine possible dans une sorte de réciprocité. Entre les paysages qui s’illuminent à notre venue, et des individus devenus un temps spéléologues, les émotions s’ouvrent et se partagent sous la forme respectueuse mutuelle annulant ainsi le conflit du temps immuable et du temps éphémère, instantané…

Bonne lecture à travers ce « triple numéro » proposé comme « double » en un seul et même  fascicule !

Serge Caillault

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[29 Jan 2017 | Commentaires fermés sur Spéléo magazine 96 | ]

Au cours d’un périple en Dordogne cet ­automne, nous avons eu l’honneur ­d’admirer le fac-similé de Lascaux 4. Une visite privée, le soir, un mois avant l’inauguration officielle par le président de la République de cet espace dédié à l’art préhistorique grâce à une rencontre ­impromptue, avec un jeune géologue, lors d’une excursion dans la grotte de Bernifal, autre cavité qui possède peintures et gravures pariétales. Nous entrons dans cette immense bâtisse (coût de l’investissement : 60 millions d’euros !) encore en chantier, qui abrite à l’échelle «un» la totalité de la grotte de Lascaux. Les éclairages, lumière du jour, sont à la puissance maximum, pour les besoins des ouvriers, qui peaufinent les dernières finitions. La grotte est illuminée dans sa totalité. Nous restons abasourdis par tant de merveilles ; à la fois par la taille de la galerie en conduite forcée mais aussi par la beauté des peintures. Je demande naïvement à notre guide si les peintures ont été reproduites à l’identique quelque 20 000 ans après, car les couleurs sont éclatantes ! Comme neuves, comme irréelles. Il me précise que la création de l’ensemble de la grotte a été une reproduction parfaitement fidèle de la réalité…

J’ai visité le fac-similé de la grotte Chauvet dans l’espace de restitution de la grotte du Pont d’Arc, en visite touristique lambda. J’en suis ressorti déçu, sans émotion, terne, dépité non pas par la restitution elle-même qui sans conteste est remarquable (coût des travaux 52 millions d’euros) mais par cette mise en lumière tamisée qui atténue passablement la beauté intrinsèque des tableaux pariétaux. Le désir des responsables pour les deux cavités citées est de ressentir, pour les visiteurs, au plus près, l’ambiance souterraine. Cette idée est louable. Toutefois je me demande, si les artistes préhistoriques créaient réellement dans la pénombre ? Dans notre société, où tout est spectacle, ne faudrait-il pas au cours de la visite, embraser la grotte, les fresques ne serait-ce qu’un instant, pour que les visiteurs en ressortent avec des souvenirs inoubliables, car les créations pariétales à la lumière sont réellement des œuvres…

Serge Caillault

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[10 Oct 2016 | Commentaires fermés sur Spéléo magazine 95 | ]

Les révolutions technologiques s’enchaînent dans tous les domaines. Elles ouvrent en permanence de nouvelles portes et offrent de nouvelles voies pour l’exploration. La spéléologie n’échappe pas à ces règles. Nous sommes passés de la remontée à l’échelle à la simple corde et bientôt à la cordelette de 5 mm. Elle est déjà sur le marché mais reste encore particulièrement onéreuse. Il faut la trouver dans le rayon navigation. Nous sommes ensuite passés de l’acétylène à l’éclairage électrique. Véritable confort dans nos progressions souterraines. Il n’y a plus que le « On » avant de pénétrer dans la cavité et le « Off » une fois dehors quelles que soient les conditions : argile, eau, courant d’air, chocs… Si ; il reste néanmoins à accepter (gérer mentalement) les nombreux éclairs éblouissant de nos partenaires quand viennent les échanges entre-nous lors de nos aventures souterraines.

Toutefois les avancées qui m’impressionnent actuellement c’est ce que font les plongeurs spéléos ou spéléonautes. Il y a peu la plongée profonde dépassait rarement les 80 m, voire les 100 m et c’était considéré comme un exploit. Mais avec l’arrivée des recycleurs et la maîtrise de plus en plus « in fine » des mélanges gazeux à respirer, la barrière des 200 m sous le miroir de l’eau deviendrait un objectif presque courant. Je n’ose dire banal pour certains qui jongle avec cet environnement plusieurs fois par an, repoussant toujours plus loin les limites mentales et physiques de ces explorations subaquatiques. En 2015, en Albanie, le plongeur polonais Krzysztof Starnawski a atteint la fabuleuse profondeur de –278 m sans que cela impressionne  le cercle restreint des initiés. Il n’y a pas si longtemps, en 2004, Dave Shaw plongeait en Afrique du Sud à Boesmansgat à moins 271 m. Il était dit à l’époque que les limites humaines des plongées profondes étaient atteintes !

Aujourd’hui j’entrevois les –300 m et le fond « humain » de la Fontaine de Vaucluse…

Nous donnons souvent comme exemple que les spéléologues sont les derniers explorateurs véritables de notre planète ! Mais ne serait-ce pas actuellement les spéléonautes qui repoussent les limites de l’imaginable aquatique ?

Serge Caillault

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[26 Juil 2016 | Commentaires fermés sur Spéléo magazine 94 | ]

Que de chemin parcouru entre le premier –1000 mondial avec le gouffre Berger et aujourd’hui, soixante ans plus tard avec plus d’une centaine de gouffres qui dépasse cette barrière symbolique rêvée par tant de spéléologues. Longtemps la France avait cette primeur de records du monde avec deux cavités qui dépassaient les 1 600 m de profondeur, situées en Haute-Savoie avec le gouffre Jean Bernard (–1 602 m) et le réseau Mirolda (–1 733 m) même si pour ce dernier la côte de profondeur a été longtemps mise en doute. Ces gouffres principalement verticaux sont maintenant répartis géographiquement sur (sous !) tous les continents de la planète. Que de chemin parcouru ! Récemment, un premier –2 000 a été exploré dans le Caucase occidental, sur le massif Arabika en Abkasie, à la fois par les Ukrainiens, les Russes et les Français jusqu’à la profondeur Extraordinaire de –2 197 m. D’autres ­suivront certainement, dans le même massif. Une seconde cavité s’enfonce jusqu’à moins 1 830 m : le gouffre Sarma.

Mais toutes ces grottes ne rivalisent pas avec autant d’engouement et de désir de visiter et connaître le gouffre Berger. De descendre le fameux puits Aldo de 40 m, vertigineux à souhait qui débouche ensuite sur de l’inattendu. De voir cette fabuleuse salle des 13 à –500 m, but de bien des groupes sevrés par tant de splendeurs. De frémir dans la cascade finale de l’Ouragan. Là où pendu, sur notre spit de fractionnement, on tutoie avec les –1 000 ! De sentir un dernier volume, immense, où se côtoient pénombre, embruns, vacarme et vestiges des toutes premières explorations avant une dernière hésitation pour franchir dans l’eau glacée le Pseudo Siphon qui ouvre la porte sur le terminus siphonnant des –1 122 m. Aujourd’hui encore, date anniversaire du premier –1 000 mondial, les explorations se poursuivent et réservent encore d’innombrables surprises à qui sait sortir du chemin habituel… Je ne peux conclure sans parler de sa source : les Cuves de Sassenage qui rivalise également de beauté tout le long de son parcours souterrain. Bon été…

Serge Caillault