Edito

Nous vivons une période de changements, ou de dérèglements climatiques — peu importe finalement le terme que l’on ­choisit. Une réalité s’impose pourtant à nous : une fois sur le terrain, il est plus que jamais nécessaire d’anticiper et, parfois, de savoir renoncer au projet que nous souhaitons réaliser. Entre les chaleurs ­excessives qui bouleversent nos ­montagnes et imposent une rude épreuve à nos organismes, et les phénomènes ­orageux qui semblent devenir toujours plus violents et imprévisibles, la pratique de nos activités nous oblige à rester vigilants. Les orages sont pourtant annoncés avec toujours plus de précision grâce aux ­progrès de la météorologie. Mais une ­question demeure : où vont-ils réellement sévir ? En effet, malgré toutes les avancées scientifiques et technologiques, l’incertitude reste présente. À moins, peut-être, de s’abonner à certains services spécialisés ­capables de fournir des informations très précises sur les zones susceptibles d’être frappées par la foudre ou sur les quantités de précipitations attendues.
D’où cette ­réflexion : « Ne jouons pas avec les vagues de crue ! ». Il suffit parfois de trois petites ­secondes pour basculer dans le drame. Une première seconde pour entendre le grondement de la vague qui arrive au ­galop. Une deuxième pour comprendre ce qui est en train de se produire. Et une ­troisième pour être submergé, sans espoir de retrouver le monde des vivants. C’est instantané. Certains l’ont vécu et peuvent encore en témoigner. Mais, dans ces situations, la survie tient parfois à un facteur que nous ne maîtrisons pas : la chance.

La crue, en spéléologie, c’est avant tout le risque de courir vers le drame. C’est la ­menace du flot instantané. C’est la course folle d’une eau qui se déchaîne, une force devenue incontrôlable. C’est ce vacarme qui envahit l’espace, qui fait naître la peur, l’angoisse, la panique au sein de l’équipe. Sous terre, pour les spéléologues, la crue n’est jamais anodine. C’est un véritable mur d’eau qui progresse à une vitesse ­fulgurante dans les méandres et les ­galeries, avant de s’engouffrer dans les ­verticales et d’en asperger tout le volume. L’écoulement accélère, gagne en puissance et finit par constituer un véritable front presque vertical, ne laissant que très peu de chances de survie à celui qui se trouve dans ces conduits lorsque la nature, devenue ­furieuse, balaie tout sur son passage. Alors, restons vigilants en cette période ­post-caniculaire qui nous attend, propice à la formation de violents orages. Cela ne ­signifie pas pour autant renoncer à nos ­explorations. Mais simplement savoir ­observer, anticiper, écouter les prévisions… et surtout, lorsque les conditions ­l’imposent, savoir renoncer. Car sous terre, face à la puissance de l’eau, la prudence n’est jamais un renoncement à l’aventure. Elle est ce qui nous permet de revenir pour la prochaine.

Serge Caillault


Sommaire

Infos
Gouffre Berger : crash-test pour les cordes
Première traversée D35 – gouffre Berger
Fiche d’abonnement – réabonnement
Les 20 ans de Spélimages

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Christian Bouquet – Cocalière touristique

Expédition
Papouasie : expédition “Beam of Light”

Première
Vercors : grotte Cadoux

TGT
Savoie : réseau grotte à Carret – grotte de la Doria

Géopoétique
Tribulations d’un Vététiste souterrain

Récit
Éloge à Jean-Paul Sounier

Enseignement
Dans les grottes, chacun trouve sa place

Parutions
Cultures souterraines