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Spéléo Magazine 85

Depuis des années les stations de ski sont engagées dans une fuite en avant : elles construisent toujours plus pour assurer leur fréquentation. L’hiver se termine, la saison de ski également. Les lapiaz se libèrent de leur gangue de neige. Pour les entreprises vivant du sport d’hiver, le repos est de courte durée. C’est le moment de reprendre de nouvelles activités : agrandir le domaine skiable… Au détriment bien entendu du paysage naturel, avec pour conséquence des dégâts irréversibles sur le karst.Combien de gouffres et glacières ont été irrémédiablement bouchés en toute impunité et donc perdus. Des exemples foisonnent sur les massifs de la Pierre-Saint-Martin, du Vercors, des Bauges, du Dévoluy, etc.

La commission du développement durable du Sénat a récemment rendu son rapport : « Patrimoine naturel de la montagne : concilier protection et développement ». Il tient compte d’une évolution des mentalités et des nouvelles contraintes climatiques et économiques. Il se présente (malheureusement) sous la forme d’une énumération de propositions qui ne permet pas d’élaborer des orientations globales pour une politique de la montagne (du karst). Il précise néanmoins pour l’eau en montagne qu’au-delà d’une abondance apparente, il existe un risque réel de raréfaction. Des outils existent comme le schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE) pour assurer la cohérence des usages de l’eau, notamment au regard de la neige de culture (Proposition 37). S’assurer que les études d’impacts prennent en compte tous les problèmes liés à l’environnement notamment au regard des paysages (Proposition 38).

Tout cela pour dire notre conviction que ce patrimoine karstique est bien sûr la propriété des populations qui y vivent et y travaillent mais peut aussi être considéré, par sa richesse exceptionnelle, comme un bien appartenant à tout un chacun. En ces temps de reprise des travaux, ce rapport ne changera pas la face des choses à court terme. Il

montre cependant que nos idées concernant la richesse de notre patrimoine souterrain se diffusent dans l’esprit des élus. C’est un encouragement à continuer, sans cesse, notre travail… de prise en compte de notre activité sportive et scientifique…

Serge Caillault

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Spéléo Magazine 78

Lors d’une récente conversation, la notion de « perception de la caverne » m’interpelle. Cette notion m’ouvre les portes à de ­multiples cogitations et réflexions ! Quelle est, à ce jour, ma perception de la grotte, de cet univers dans lequel j’officie avec joie et délectation…

La notion même de perception ne peut se comprendre qu’à partir de nous-même, de nos besoins, de nos valeurs. « Je vois le monde comme je suis », disait Paul Éluard, « et je ne le vois pas comme il est ! » Bref, le monde perçu est le reflet de nous-mêmes. Il agite nos joies et nos angoisses, ­rassemble nos préjugés. Il n’est ­certainement pas le monde objectif de la science !

À un niveau purement élémentaire et pour paraphraser Henri Bergson (philosophe) « c’est bien la grotte qui attire le ­spéléologue ! » Et le spéléologue y laisse des traces… Je pense aux fresques laissées par nos ­ancêtres préhistoriques à la grotte Chauvet. De véritables œuvres, inestimables qui ­méritent dès à présent et sans hésitation le label de patrimoine mondial de ­l’humanité. Je pense également, et sans commune ­mesure bien évidemment, aux signatures laissées par nos pionniers spéléologues : Martel, De Joly, Casteret… qui, quand nous les trouvons au détour d’un recoin, ­provoquent en nous des effluves de ­bonheur. Je réfléchis aux griffes, apposées sur les parois, de nos contemporains qui me laissent, en les observants, un arrière-goût amer. Pourquoi s’octroient-ils le droit de souiller notre environnement et en même temps est-ce une question d’époque, de temps ? Dans cent ans, ces graffitis n’auront-ils pas autant de valeur sentimentale que ceux de nos aïeuls ? Je ­revois aussi les peintures de Jean Truel ­inscrites (à jamais) sur les flancs de la ­traversée de Bramabiau, aux confins des ­Cévennes, où le sentiment d’incompréhension, voir même de profanation me ­submerge, m’autorisant toute forme de sentence à l’encontre de cet être qui a osé. Telle est ma perception ; sensible, naturelle et spontanée, vécue au contact des choses…

Bonnes explorations…

Serge Caillault

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Spéléo Magazine 73

L’espace de jeux de toutes les activités de surface, par exemple la randonnée, l’alpinisme, l’escalade, le canyon, etc., pour n’en citer que quelques-unes se restreint au fur et à mesure que le temps s’écoule. Cet état de fait est principalement dû à une urbanisation tentaculaire de nos terres «naturelles». Le terrain libre se rétrécit, parqué, encerclé par des interdictions de pénétrer ici ou là, demandant de plus en plus d’anticipation, d’organisation, d’autorisations pour assouvir pleinement sa passion. J’ajouterais, histoire de cerner au mieux le problème actuel, l’émergence d’une tendance systématique à «ouvrir le parapluie» pour ne pas être tenu responsable de quoi que ce soit. Comme conséquence directe l’apparition de plus en plus fréquente d’interdictions imposées par les propriétaires terriens, les élus communaux, territoriaux…
Le monde judiciaire renforce cet état d’esprit, recherchant, en cas de problème, non pas exclusivement s’il y a eu erreur dans la pratique sportive de l’individu ou du groupe mais à qui appartient le territoire où a eu lieu l’accident !
Je me pose également la question des défenseurs de la nature, pas tous heureusement, qui pour quelques chauves-souries pendues au plafond d’une cavité à quelques quarante mètres de haut sont prêt à en interdire l’accès à tout être humain, sans concertation préalable des utilisateurs de cet espace ! La liberté et la responsabilité sont aujourd’hui en pleine agonie.

Paradoxalement la pratique de la spéléologie s’étend au fur et à mesure des découvertes… élargissant chaque jour son terrain de jeu. Je m’explique. Combien de gouffres et de grottes ont été mise à jour depuis les années 70, offrant ainsi un éventail de possibilités quasi inépuisables. À une époque pas si lointaine, il était courant, les jours de weekends prolongés, d’attendre le passage quatre ou cinq équipes aux entrées des classiques souterraines. Rien de tel aujourd’hui … à se poser la question de savoir où sont passés les spéléos ? Non il n’ont pas disparu, ils œuvrent dans un univers toujours plus grandiose …

Serge Caillault

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Spéléo Magazine 72

Cette période de fêtes où il est de bon ton de se souhaiter « sincèrement » une excellente année 2011 est également l’occasion de s’accorder, malgré le rythme infernal que nous impose la société actuelle, un peu de temps pour observer et constater ce que nous avons pu accomplir au cours de l’année qui vient de s’écouler : un enrichissement d’expériences souterraines que chacun vit pour les transformer en compétences nouvelles et les partager avec autrui.

Votre revue Spéléo Magazine se porte bien, grâce à vous, lecteurs et contributeurs qui oeuvrez à la création d’articles au travers de savoirs, d’aventures et d’explorations sans cesse partagés. Merci à vous.
Les échos qui nous parviennent nous confortent dans l’idée que Spéléo magazine est une revue qui est de plus en plus appréciée. Elle gagne à chaque numéro un peu plus de crédibilité pour devenir au fil du temps une publication que nous espérons de référence. A cette occasion il est à noter que le n° 69 a créé un sacré « buzz » spéléologique… contribuant à agrandir le cercle des abonnés.

Nous n’oublions pas, bien évidemment, la confiance que nous accordent nos partenaires annonceurs. Cela nous a permis d’augmenter la pagination offrant ainsi toujours plus d’informations et de réflexions sur notre panel d’activités, toutes passionnantes. Nous espérons poursuivre dans cette voie en proposant, lors de chaque numéro, des images de grande qualité montrant notre univers dans toute sa richesse artistique. Nous profitons de cet instant pour renouveler à tous ceux qui souhaitent publier et partager leurs « lueurs » que ces pages leurs sont ouvertes.

En cette fin d’année, nous avons également travaillé à refondre complètement notre site Web pour l’actualiser aux normes virtuelles en vigueur. Il est encore en cours d’aménagement pour une meilleure efficacité et convivialité. C’est un énorme travail, en perpétuel réflexion mais qui devrait aboutir à un outil de qualité au profit du plus grand nombre.

Une nouvelle décennie s’ouvre… et avec elle la construction, pas à pas, d’une spéléologie de partage et d’ouverture sur l’avenir. La créativité naît de l’audace…
Serge Caillault

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