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L’exploration se fait de plus en plus difficile en France … mais les découvertes sont-elles aussi rares que cela ? Il faut être perséverant, tenace, garder espoir en toute circonstance même après de nombreuses séances de désobstruction ; quand un infime courant d’air, à peine perceptible nous tient en haleine ! Avec un déterminisme sans faille…
Je n’ose aborder le sujet des séances de prospections à travers le territoire. Tout semble parcouru en long, en large, et en profondeur. Il faut bien du courage, voire un brin de folie pour poursuivre dans cette quête de nouveau, de vierge, d’intact, de personnel, voire de « pur ». De tellement pur qu’il est parfois bien difficile d’échanger avec les autres.
Une fois mise à jour, que faire après le plaisir inoubliable de la première ? Amnistier ou partager dans un monde qui prône l’individualisme? Garder égoïstement ou offrir exclusivement ou convivialement cette parcelle de sous terre ? Publier ou pas ? Avec la possibilité, un jour ou l’autre, d’une redécouverte. Cet acte sera alors vécu comme un sacrilège, comme une profanation, comme un crêve-coeur… Fatalement ! Cruel dilemme qui renvoie à notre propre déontologie : quelle éthique adopter ?
Une autre option consiste, au contraire, à organiser des manifestations médiatiques auprès de ses confrères, auprès du grand public et exhiber nos savoir faire, nos passions et nos envies toujours renouvelées de se faufiler dans les arcanes de la Terre avec l’exaltation du partage.
C’est l’époque des élections nationales, de prime abord suivies aussitôt des olympiades souterraines… C’est le moment pour les « critiqueurs de tous poils » d’effectuer un acte fédéral et citoyen en accord avec leurs principes. Je ne puis, à cet instant, m’empêcher de partager avec vous cette phrase du célèbre alpinisme Walter Bonnati : « l’héroïsme aujourd’hui ? Ce serait plutôt de rester soi-même, de ne pas renoncer à être un individu, et un individu honnête… » Cela devrait être universel… N’est-ce pas ?
Serge Caillault
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Voici l’hiver… Si nous échangions sur les glacières souterraines pour ensuite mieux les découvrir et les appréhender ? C’est en effet l’occasion d’aborder un univers paradoxal fait de solidité et de mouvement. Univers doublement paradoxale, devrais-je dire, car ce n’est pas au cœur de l’hiver que les glacières sont accessibles à l’exploration. C’est la fin de l’automne qui les voit s’ouvrir pour une période très courte. Ce n’est également qu’une fois le temps des grands froids terminés, à l’aube du printemps, que la cavité se dévoile, habillée de ses plus beaux apparats faits de décors translucides aux mille éclats, construit patiemment dans le silence hivernal. Au fil du temps la grotte se transforme, laissant place, à la surprise du spéléologue, à un décorum resplendissant où tout n’est qu’équilibre, à la fois figé et instable, solide et liquide, translucide et coloré !
Il est un fait que depuis quelques décennies, nos glaciers nocturnes s’amenuisent peu à peu. La glace va-t-elle disparaître de nos latitudes ? Encore une question paradoxale lorsque l’on s’intéresse aux deux cavernes présentées dans les pages de ce numéro. L’une, le Chourum Clot dans le massif du Dévoluy, qui thésaurise son apport neigeux, nous empêchant de nous insinuer jusqu’à son tréfond, sauf à de rares occasions. Pourtant au fond, tout là-bas, existe un courant d’air prometteur…
L’autre, le gouffre du Scarasson dans les Alpes-Maritimes (cf. Spéléo mag 64 et 68) étudié depuis plus de quatre ans, qui perd inexorablement (à tout jamais ?) son glacier. Néanmoins comme dans un ultime sursaut et pour éviter tout oubli, le gouffre offre au spectateur des bulles uniques et esthétiques qui interrogent les scientifiques. Dernier sursaut avant de laisser la place à un univers minéral immuable ! Dérangée uniquement par quelques curieux méditants sur le passé scintillant de la grotte. Équilibre, tout n’est équilibre. À nous d’essayer de les respecter.
En ce début d’année 2012, l’ensemble de l’équipe de votre revue vous souhaite une excellente année d’exploration.
Serge Caillault


